Les mangas québécois

Je travaille parfois dans les sections manga des Salons du livre et l’une des questions que les parents me posent le plus souvent, c’est : « Avez-vous des mangas québécois? »

Si les mangas viennent du Japon et que leurs grandes séries ont un pouvoir d’attraction formidable, je trouve extraordinaire qu’on ait le désir de mettre un peu de Québec dans les lectures de nos enfants. Et les dessinateurs d’ici, de talentueux passionnés, ont envie depuis longtemps de le faire! Plusieurs ont manqué de visibilité auparavant, alors il me fait plaisir de les mettre de l’avant.

Non seulement c’est important de parler de nos artistes, mais c’est aussi avoir accès à des opportunités. Car c’est possible pour les enfants de les rencontrer : on peut les inviter en classe, dans les Salons. Les éditeurs ont aussi parfois des goodies à offrir qui accompagnent bien ces visites : des petits acryliques des personnages, des posters, des autocollants, des signets. Les auteurs sont souvent présents en dédicaces, ce qui est impossible avec un mangaka japonais. Alors n’hésitons pas à les découvrir et les supporter.

Les élus Eljun, Jean-François Laliberté (scénario) et Sacha Lefebvre (dessin), Éditions Michel Quintin (série en cours – 4 tomes)

C’était la première fois qu’un éditeur québécois se lançait avec l’idée précise de publier un manga d’ici. Nous avions déjà eu des tentatives (Amos Daragon avait été adapté en trois tomes), mais cette fois, c’est une histoire originale avec un dessin qui reprend les codes du manga (combats, armures, deux pages d’action, personnages chibi). Les tomes sont d’ailleurs publiés en lecture japonaise (donc « à l’envers »). L’aventure nous fait plonger dans un monde d’inspiration nordique, avec des héros et héroïnes qui sont de plus en plus nuancés au fur et à mesure qu’on avance. C’est excellent!

À noter : d’autres mangas sont en préparation chez cet éditeur (et j’ai hâte de les lire)!

Kin-J, Stephan Arche, Glénat (série en cours – 2 tomes)

Glénat a des bureaux au Québec, ce qui permet de dénicher des talents du coin pour les publier. C’est le cas avec Stephan Arche, bédéiste qui adorait les mangas et qui publie une histoire d’écureuil roux qui n’a pas froid aux yeux. On explore sa forêt, on y apprend les dangers et défis en même temps que Kin-J, et le scénario roule comme Sonic qui court à pleine vitesse. La publication est dans la sens de lecture occidental, et les tomes sont dans un format plus grand (comme Inoxtag et Louis-san en France), ce qui est traditionnellement associé aux publications adultes, mais c’est un manga parfait pour jeune public.

Les chroniques de Karnoie, Rayon Voyer (scénario) et Okaah (dessin), Isekai Touch (série en cours – 1 tome)

Raton Voyer est un auteur que j’admire beaucoup, car il a beaucoup de détermination. Je l’ai rencontré dans une convention, alors qu’il vendait ses chapitres à compte d’auteur : il avait lui-même trouvé l’illustratrice Ayaluna pour dessiner ses histoires. Le voilà maintenant qui publie Les chroniques de Karnoie en tome relié, avec un nouveau dessinateur, pour accompagner sa série où une jeune fille veut devenir épéiste, dans un monde où cela est réservé aux garçons! Mais c’est bien mal connaître Taka que de lui empêcher de réaliser ses rêves…

Les chroniques de Karnoie sont publiés grâce au nouvel éditeur Isekai Touch. Ce dernier ont publié un magazine de prépublication au Québec (Isekai Touch, trois tomes). Il n’était pas le premier à le faire, car il y a eu les quelques tomes de Yume Dream au début des années 2000. Pour connaître tout ce que publie Isekai Touch, je vous invite à visiter leur site, vous trouverez également d’autres mangas plus courts en version bilingue : West of Raven et Dream-Catcher.

Radiant, Tony Valente, Ankama (série en cours – 19 tomes)

Peu de gens le savent, mais Tony Valente habite Montréal. Dessinateur franco-canadien, sa série Radiant est une grande réussite qui fut même traduite et adaptée en animée au Japon! Il est publié par Ankama, un pilier de la publication de mangas originaux. L’histoire de Radiant est très accrocheuse avec ces îlots flottants et ses monstres némésis, avec des personnages secondaires très riches. Les dessins sont fabuleux (l’artbook est si beau!), c’est un manga de grande qualité. La série est publiée dans le sens de lecture japonais, avec le petit format habituel des mangas d’aventure. À noter toutefois : Tony Valente a plusieurs projets sur le feu et il est rarement présent dans les événements québécois.

Urbance, Joël Dos Reis Viegas, Ankama (série en cours – 3 tomes)

Voici un autre auteur franco-canadien publié par Ankama qui dessine un manga où les hommes et les femmes vivent dans des quartiers séparés en se détestant. Avec une ambiance gangs de rue et des dessins de personnages très diversifiés, Joël a un style à part, très rafraichissant. Cette série est publiée dans l’ordre de lecture occidental, mais dans le format courant des mangas. Joël est souvent présent dans les Salons, profitez-en si vous le croisez, c’est toujours un plaisir de discuter avec lui pour comprendre la genèse de ses idées.

Un billet pour nulle part, Nunumi, Front froid (1 tome unique)

On entre dans un monde plus poétique, autant pour l’adulte que l’enfant, avec une histoire qui fait penser au Studio Ghibli, avec une ambiance entre l’aventure et le mystère. C’est à la fois adorable et profond. Front froid est un éditeur reconnu en bande dessinée, mais je crois c’est le seul ouvrage de type manga que cet éditeur a publié : le format est de taille moyenne, le tome unique est mince et le sens de lecture occidental. En 2018, Nunumi faisait partie de l’exposition Manga from Canada! à l’Ambassade canadienne au Japon.

Vinyasa Yoga, Olivier Hamel (scénario) et Olivier Carpentier (dessin), Presse Aventure (série terminée – 3 tomes)

Clairement dessinée dans un but d’éducation, la série Vinyasa Yoga montre aux plus jeunes comment exécuter certains mouvements de yoga, dans le but de respirer, de bouger, de conscientiser leur corps dans l’espace. Le format est un peu plus grand que le manga traditionnel, les tomes sont très minces, et le sens de lecture est occidental. Mais c’est très habile de rendre cet apprentissage aussi cool! Et on peut en profiter pour inviter Olivier Hamel aux événements, car il est un conférencier très dynamique.

Frivolesque, DEZ, Éditions Rémi Paradis (série en pause – 3 tomes)

Publié en format relié en 2021, Frivolesque fut un webcomic publié à partir de 2013. On y suit les aventures de cinq filles hors de l’ordinaire qui vivent de courtes aventures à travers le format yon-koma (quatre cases). C’est une publication couleur, comme les webtoons d’aujourd’hui. Étant à l’origine de cette histoire qui vient du web, le site de DEZ était bilingue et c’est pourquoi il est possible de trouver les tomes reliés en français ou en anglais (chez le même éditeur).

Nouilles Ramen – Miko, gardien des biscuits, Richard Petit et Freg, Andara (1 tome unique pour Miko, mais il existe trois autres tomes avec différents personnages)

On s’éloigne un peu du manga avec ce titre, car il y a beaucoup de cases carrées noires pour introduire des contextes, décrire des actions et même inclure des notes propres au genre romanesque comme : « Zazie réplique ». Cela est très inhabituel! Mais je voulais parler de ce titre tout mignon, car la démarche de l’éditeur Andara est intéressante : faire lire les plus jeunes. On commence donc par un format complètement dessiné (Nouilles Ramen est dans la collection « Mini-manga »), puis on les oriente graduellement vers le roman avec les titres « Roman-manga » où le texte se fait de plus en plus présent selon le nombre de shurikens (série Kiokio 1 shuriken; série Lou Lune 2 shurikens; série Atomik Punch 3 shurikens). Les Mini-mangas comme les Roman-mangas sont tous édités en sens de lecture japonais, dans le format habituel manga, ce qui permet d’initier les plus jeunes à cette lecture. Richard Petit est souvent présent aux Salons, et il y a beaucoup de monde devant son kiosque!

Voilà, j’espère que cela vous a donné le goût d’explorer ce qui a été publié (et est toujours disponible à l’achat) au Québec. Je souhaite aussi que cette page donne aussi espoir aux mangakas à venir, qui peuvent maintenant rêver de voir leurs oeuvres devenir des livres!

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