RIP Aylan Kurdi

Maman m’a dit de m’accrocher de toutes mes forces au bout de bois, de ne jamais le lâcher. Mais dans ses yeux, il y avait beaucoup plus que ces mots-là.

J’y ai vu la fatigue. Ses bras épuisés qui m’avaient donné sans compter. Elle a tout fait pour me protéger, ma maman. Elle m’a donné son pain, elle m’a porté, elle m’a rassuré quand la guerre explosait autour de moi. Là, en plein cœur de cette mer du dernier recours, j’ai vu son épuisement.

Dans ses yeux, il y avait la crainte. Celle que je ne lâche ce bout d’arbre qui me permettait de flotter, celle que je ne puisse jamais me rendre jusqu’à la plage où on m’accueillerait. Ma mère avait peur elle aussi parce qu’elle ne savait pas nager. Mais j’ai vu que c’est ma mort à moi qui la terrorisait, plus que la sienne.

Juste avant que la grande vague blanche ne l’emporte, j’ai vu son amour. Maman m’aime. C’est pour cela qu’elle a accepté de partir, qu’elle a quitté cet endroit de haine.

J’espère qu’elle ne m’en voudra pas d’avoir lâché le bout de bois. Je suis si fatigué moi aussi.

Par chance, au bout de la route, il ne reste rien de la fatigue, il n’y a plus de crainte.
Il ne reste que l’amour.

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